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Qu'est-ce qui vous a amenée vers la thanatologie? 

J'ai découvert la thanatologie alors que je vivais à Montréal. À l'époque, la formation était offerte uniquement au Collège de Rosemont. Je revenais de voyage et je réfléchissais beaucoup à mon avenir professionnel. Je cherchais un véritable métier, quelque chose qui me permettrait de toucher à plusieurs aspects différents. 

Ce qui m'a attirée, c'est la diversité de la formation. On y étudiait la psychologie, la microbiologie, l'anatomie, la législation, la physique et la chimie, en plus des cours spécialisés liés à l'embaumement, à la restauration, au maquillage et aux techniques funéraires. J'ai rapidement réalisé à quel point ce métier est à la croisée de plusieurs univers, alliant rigueur scientifique, connaissances juridiques et accompagnement humain. 

Avec le recul, je réalise aussi que mon intérêt pour cette profession ne venait pas uniquement de la formation elle-même. La mort n'a jamais été un sujet tabou dans ma famille. Très jeune, j'ai assisté aux funérailles de mes grands-parents et j'ai même eu l'occasion d'échanger avec un thanatologue. Ces expériences ont sans doute contribué, inconsciemment, à éveiller ma curiosité pour ce milieu.

Vous avez travaillé plusieurs années dans le milieu funéraire. Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté? 

J'ai longtemps travaillé directement auprès des familles endeuillées. C'est une réalité qui demande énormément d'énergie émotionnelle. Contrairement à un événement planifié pendant plusieurs mois, les funérailles doivent souvent être organisées en quelques jours. Il faut coordonner les cérémonies, les fleurs, les avis de décès, les démarches administratives et accompagner les proches à travers tout ça. La charge mentale est importante parce qu'on garde constamment nos dossiers en tête. 

À mes débuts, je m'investissais énormément. Je consultais parfois les profils Facebook des personnes décédées, je m'intéressais à leur histoire et je cherchais à personnaliser chaque situation. J'aimais particulièrement les rencontres avec les familles lorsqu'elles me racontaient les derniers moments vécus avec leur proche. Ces échanges permettaient souvent aux gens de parler de leurs émotions, de leurs questionnements ou de certaines difficultés qu'ils avaient traversées. 

Avec les années, j'ai appris qu'il est possible d'accompagner les gens avec empathie sans porter toute leur souffrance sur ses épaules. C'est probablement l'une des plus grandes leçons de ma carrière.

Comment avez-vous découvert le laboratoire d'anatomie de l'Université Laval? 

Complètement par hasard. 

Lors d'un transport de don de corps dans le cadre de mon travail en maison funéraire, une employée du laboratoire m'a fait visiter les installations. Cette visite m'a profondément marquée. 

À partir de ce moment-là, j'ai gardé un œil sur les possibilités d'emploi à l'Université Laval. Pendant des années, j'ai envoyé des candidatures spontanées. Le poste était occupé par un autre employé et j'attendais qu'une occasion se présente. 

Finalement, après douze ans à surveiller les affichages, j'ai eu la chance d'obtenir le poste. Cela fait maintenant quatre ans que je travaille ici.

En quoi consiste votre travail au laboratoire d'anatomie? 

C'est difficile de parler d'une journée typique parce qu'il n'y en a pas vraiment. Le laboratoire fonctionne au rythme des sessions universitaires, des cours d'été et des activités de formation continue. Chaque année, nous accueillons environ 2000 personnes, principalement des étudiantes et étudiants en médecine et dans les différents programmes de la santé. 

Les modèles anatomiques préparés pendant l'été servent ensuite à plusieurs activités d'enseignement tout au long de l'année. Nous recevons également des médecins, des chirurgiens, des résidents, des professionnels de la santé ainsi que des groupes externes qui viennent perfectionner certaines techniques ou expérimenter de nouvelles approches dans un environnement sécuritaire avant de les appliquer auprès des patients. 

Une partie importante de mon travail consiste à préparer les corps et le matériel nécessaires à ces activités d'enseignement et de formation. Ce qui rend aussi ce métier particulier, c'est qu'il existe très peu de postes semblables au Québec. À ma connaissance, nous sommes seulement une douzaine à exercer cette fonction dans un contexte universitaire. 

Ce que j'aime particulièrement, c'est que les personnes qui fréquentent le laboratoire sont extrêmement motivées. Elles sont là pour apprendre, se perfectionner et repousser leurs connaissances. C'est très valorisant de contribuer, à notre façon, à la formation des futurs professionnels de la santé.

Les dons de corps occupent une place importante dans votre travail. Que représentent-ils pour vous? 

Ce sont des gestes d'une immense générosité. Les personnes qui choisissent de faire un don de corps ont souvent mûri cette décision pendant plusieurs années. Par ce geste d’altruisme, elles souhaitent contribuer à la formation des futurs professionnels de la santé et à l'avancement des connaissances. Il est essentiel de sensibiliser tous les intervenants au privilège que représente cette occasion d'apprendre et de perfectionner leurs compétences grâce à ces dons. Le respect, la dignité et la reconnaissance envers les donneurs doivent donc être au cœur de chacune des activités réalisées. 

J'ai l’occasion d'échanger avec certaines de ces personnes ou avec leurs familles. Ce sont toujours des moments privilégiés. Même si nous travaillons dans un contexte d'enseignement de l'anatomie, je trouve important de rappeler qu'il y a toujours une personne derrière chaque don. 

Lorsqu'on travaille ici, on ne doit jamais perdre de vue la générosité qui se cache derrière ce geste.

Qu'est-ce que votre métier vous a appris sur la vie? 

Au fil des années, plusieurs familles m'ont confié avoir vu leur proche sans se douter que ce moment serait le dernier. Certaines me parlaient simplement d'une sortie pour magasiner, d'un repas partagé ou d'une journée tout à fait ordinaire. Ces récits m'ont fait réaliser que tout peut basculer rapidement. 

Cette réalité m'a aussi touchée de façon très personnelle lorsque mon propre père est décédé. J'ai eu l'occasion de participer moi-même à son embaumement. Dans les derniers jours de sa vie, il avait conservé son sens de l'humour et nous avions discuté ensemble de certaines de ses volontés. Pour moi, pouvoir prendre part à cette dernière étape avait beaucoup de sens. Je le vois comme une continuité du lien que nous avions. 

Avec le temps, j'ai appris à ralentir davantage, à profiter de ma famille et à accorder plus d'importance au moment présent. Cette expérience est venue renforcer une conviction que j'avais développée au fil de ma carrière: il faut profiter de ce qui est important pendant qu'on le peut encore.

Quelles qualités sont essentielles pour exercer votre profession? 

La discrétion et le professionnalisme sont essentiels. 

Dans le milieu funéraire, tout le monde finit par se connaître rapidement. Il faut donc respecter la confidentialité des familles et des situations qu'on rencontre. Il faut aussi être rigoureux, organisé et garder son sang-froid. Travailler quotidiennement avec la mort ne laisse personne complètement indifférent. Même avec l'expérience, on demeure constamment confronté à la vulnérabilité humaine. 

Une bonne condition physique est également importante puisque le travail implique plusieurs manipulations et de longues périodes debout.

Quelle place occupent le respect et l'éthique dans votre travail? 

Une place centrale. 

Je me souviens d'une étudiante qui avait été émue en remarquant du vernis à ongles. Ce simple détail lui avait rappelé sa grand-mère. Ça montre à quel point certains éléments peuvent faire surgir des émotions et nous rappeler qu'il y a une histoire, une famille et une vie derrière chaque personne. 

C'est aussi pour cette raison que les corps sont préparés le plus sobrement possible. L'objectif est de permettre aux étudiants de se concentrer sur leur apprentissage tout en demeurant conscients de la réalité humaine derrière ce qu'ils observent. 

J'insiste beaucoup sur le respect, l'éthique et le professionnalisme. Derrière chaque don, il y a une personne qui a choisi de contribuer à la formation des autres et à l'avancement des connaissances. 

En entreprise funéraire, les détails ont aussi leur importance. Une expression du visage, une coiffure, la position de la bouche ou un petit trait caractéristique peuvent faire une grande différence pour les proches. Derrière chaque personne que nous préparons, il y a quelqu'un qui a été profondément aimé. 

Je pense qu'il est essentiel de ne jamais perdre de vue cette dimension humaine. C'est elle qui guide notre façon de travailler au quotidien.

Quel conseil donneriez-vous à la jeune professionnelle que vous étiez? 

J'aimerais lui dire d'apprendre plus rapidement à prendre du recul émotionnel. 

Pendant longtemps, je me suis énormément investie auprès des familles. Avec l'expérience, j'ai compris qu'il est possible d'aider les gens, d'être présente et compatissante tout en préservant son propre équilibre. 

Quand je regarde mon parcours aujourd'hui, je réalise que j'ai toujours cherché la même chose: exercer un travail utile, humain, varié et profondément ancré dans le service aux autres. 

Que ce soit auprès des familles ou maintenant auprès des étudiantes, étudiants et professionnels de la santé, j'ai la chance de contribuer à quelque chose qui a du sens. Et c'est exactement ce que je recherchais lorsque j'ai choisi ce métier.

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