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Quel est votre parcours?

J’ai étudié en horticulture au Centre de formation Fierbourg en 2005, dans un projet pilote avec le Zoo de Québec. Pendant un an et demi, on apprenait directement sur le terrain, dans les serres tropicales, les aménagements et même près des animaux. On touchait à tout : les plantes tropicales, les semis, les boutures, les arbustes, les annuelles. C’était du concret, du “sur le terrain” en permanence. Comme il y avait des animaux partout, on devait travailler autrement, souvent avec des prédateurs naturels au lieu de produits chimiques. Ça m’a vraiment donné la piqûre.

Je travaille en horticulture depuis environ 20 ans. J’ai commencé au Zoo, puis en pépinière avant d’arriver à l’Université Laval. Au début, j’étais encore barman en même temps, parce que l’horticulture est souvent saisonnière. Je jonglais entre les deux pour gagner ma vie.

Quel est votre poste et depuis combien de temps êtes-vous à l’Université Laval?

Je suis ouvrier horticole et de voirie. Je m’occupe autant des plantes d’intérieur, des serres, des aménagements extérieurs que de l’entretien du campus, incluant le déneigement.

Je suis arrivé en 2008. Au début, j’étais à contrat, sans savoir si j’allais être rappelé à la prochaine saison. Finalement, ils m’ont rappelé et je suis resté. Ça fait maintenant près de 20 ans. Au début, je pensais faire surtout de l’entretien extérieur, mais j’ai découvert un milieu beaucoup plus créatif, diversifié et humain que ce que j’imaginais.

Qu’est-ce qui vous a amené à travailler dans l’horticulture?

J’ai toujours aimé la nature, même si j’étais plus un gars d’intérieur quand j’étais jeune. Je viens du Saguenay, j’aimais aller marcher dans le bois. Plus jeune, je voulais même devenir vétérinaire.

C’est surtout en aidant ma belle-mère sur son terrain que ça a commencé. Elle me nommait les végétaux. Et moi, j’étais curieux. Un peu “Thomas”, alors j’allais vérifier. Je faisais des recherches pour identifier les plantes et comprendre leurs besoins. Petit à petit, j’ai commencé à acheter des livres juste par plaisir. Sans m’en rendre compte, c’est devenu une vraie passion.

Y a-t-il un moment de la journée que vous préférez particulièrement dans votre milieu de travail?

Le matin, sans hésiter. Je suis un gars du matin, je me lève très tôt, vers 4 ou 5 heures. Ce que j’aime, c’est arriver et voir tout ce qui a changé depuis la veille : une nouvelle pousse, une fleur qui s’ouvre, un arbuste qui commence à fleurir. 
Dans les serres aussi, il y a toujours de l’évolution. C’est ce côté vivant-là que j’aime le plus.

C’est un milieu aussi très diversifié. On touche à tout! Et il y a aussi la liberté dans les projets. On peut proposer des idées, être créatif, et vraiment mettre notre couleur dans les aménagements. 

Concrètement, à quoi ressemble une journée typique dans votre poste?

Ça varie beaucoup selon les saisons. L’hiver, c’est surtout le déneigement: les portes principales, les sorties de secours, l’épandage d’abrasif pour sécuriser les accès. Les autres saisons, c’est plutôt l’entretien du campus : désherber, créer et entretenir les plates-bandes, tailler les arbustes, tondre la pelouse, etc.

Sinon, je passe beaucoup de temps avec les plantes d’intérieur et les serres: arrosage, taille, rempotage, boutures, observation des insectes et des maladies. J’ai plusieurs types de plantes, donc chaque soin est différent.

J’aime aussi le contact avec les gens. Souvent, quelqu’un m’arrête pour poser des questions sur une plante. Et quand je fais des boutures ou de la taille, je donne parfois des plantes aux employés ou aux étudiants au lieu de les jeter. Ça fait plaisir, puis moi j’aime partager ça.

Quelle partie de votre travail vous rend le plus fier?

Ce qui me rend le plus fier, c’est vraiment l’évolution des choses. Quand une plate-bande est envahie de mauvaises herbes et qu’après le travail tout redevient beau et vivant, il y a un vrai “avant-après”. Ça, ça me donne une satisfaction.

J’aime aussi faire pousser une plante à partir d’une graine ou d’une petite bouture, puis la voir grandir tranquillement jusqu’à maturité. Voir que ça vit et que ça évolue grâce aux soins, c’est très gratifiant.

Et j’aime quand les gens le remarquent. Quand quelqu’un s’arrête pour dire qu’un aménagement est beau ou pose des questions, ça fait plaisir. Au fond, je ne fais pas juste ça pour que ce soit beau, mais pour créer un environnement vivant et agréable.

Y a-t-il une réalisation ou un projet dont vous vous souvenez particulièrement?

Le projet de la terrasse du pavillon Desjardins, c’est un gros souvenir. Patrice Pouliot et moi avons participé à toute la conception : l’aménagement, les végétaux, l’interbloc, la terrasse. C’était un gros projet, tout le monde a mis la main à la pâte.

Encore aujourd’hui, je suis fier de voir les gens utiliser l’espace, s’y asseoir, passer du temps là.

Je me rappelle aussi d’une marmotte qui s’était installée dans un bac d’annuelles. Au début, elle détruisait mes choux décoratifs et je trouvais ça frustrant. Mais finalement, quand les choux ont repoussé, ils y avaient plusieurs têtes sur un plant. À l’automne, c’était magnifique! J’ai tellement aimé le résultat que j’ai reproduit l’idée après en pinçant les têtes. Même les imprévus deviennent des idées.

Selon vous, quelles qualités sont essentielles pour être un bon ouvrier horticole et de voirie?

Il faut de la patience, parce que tout prend du temps. Une plante, un aménagement, ça ne se fait pas vite.

Il faut être persévérant, parce qu’il y a beaucoup de répétition : tu désherbes, puis tu recommences.

Il faut être observateur et minutieux, parce que les plantes donnent des signes. Il faut analyser, comprendre, parfois demander un deuxième avis.

Et il faut de la créativité, parce qu’on veut améliorer les espaces, essayer des choses, intégrer la biodiversité : oiseaux, abeilles, papillons.

Et évidemment, il faut aimer travailler dehors, peu importe la météo. Avec le temps, j’ai appris à voir le beau dans chaque saison.

Si vous pouviez vous parler à vous-même au début de votre carrière, quel conseil vous donneriez-vous et qu’avez-vous appris?

Je me dirais de ne pas tout prendre sur mes épaules. En horticulture, tu ne contrôles pas tout. Une plante peut mourir pour plusieurs raisons, et ce n’est pas toujours une erreur personnelle.

Et je me dirais de garder ma curiosité. Aujourd’hui encore, je fais des recherches, je pose des questions, j’apprends. On n’arrête jamais d’apprendre dans ce métier.

Ce métier m’a appris que je suis minutieux et curieux. J’aime observer, comprendre et apprendre. Et surtout, j’ai appris que je ne peux pas tout savoir ni tout contrôler et c’est normal. Il faut savoir lâcher prise et vouloir apprendre. C’est ce qui fait que ma passion est toujours là après 20 ans!