Thomas-David Peter
Quel est votre parcours et quel poste occupez-vous?
Disons que je ne suis pas arrivé ici par un chemin traditionnel! J'ai d'abord fait une maîtrise en gestion des ressources naturelles et travaillé dans le domaine environnemental au Canada et à l'international.
Le véritable tournant est survenu lors d'un séjour en République démocratique du Congo. J'y ai rencontré une intervenante communautaire dont le travail auprès des femmes et des familles m'a marqué. Pour la première fois, je me suis dit: «Oh, ça c’est intéressant. Je veux en savoir plus.»
Quelques années et une bonne réflexion plus tard, j'ai changé complètement de cap. À 33 ans, je suis retourné aux études pour me diriger vers le travail social. Un choix qui m'a finalement mené à l'Université Laval, où j'accompagne aujourd'hui les personnes étudiantes autochtones dans leurs défis personnels, scolaires et universitaires.
Qu'est-ce qui vous fait sentir à votre place ici?
J'ai toujours aimé les bibliothèques. Ce sont des lieux où l'on apprend, où l'on réfléchit et où les idées circulent. Travailler au 4e étage de la Bibliothèque de l'Université Laval, c'est un peu un privilège pour quelqu'un comme moi qui est naturellement curieux.
Mais au-delà du lieu, ce sont surtout les personnes qui font la différence. En échangeant avec mes collègues, j'ai rapidement réalisé que j'étais entouré de gens passionnés, ouverts et profondément sympathiques. J'ai même retrouvé une personne avec qui j'avais participé à un voyage d'échange à Moscou!
J'aime aussi les projets qu’on y retrouve. Cet automne, par exemple, nous présenterons une activité de bibliothèque vivante, où des personnes partageront leur parcours de vie comme des «livres humains» que l'on peut venir découvrir le temps d'une conversation. Je trouve l'idée magnifique: créer des rencontres, susciter la curiosité et apprendre les uns des autres.
En quoi votre façon d'accompagner les personnes étudiantes a-t-elle évolué depuis votre arrivée au Bureau des Premiers Peuples?
Ce qui me frappe le plus, c'est la flexibilité. Dans plusieurs milieux où j'ai travaillé auparavant, les interventions étaient très encadrées : la durée des rencontres, la façon de documenter les suivis, les méthodes à utiliser. Ici, j'ai la possibilité d'adapter davantage mon approche à la personne que j'accompagne.
J'apprécie particulièrement cette liberté. Au lieu de me concentrer uniquement sur une méthode précise, je peux prendre le temps d'écouter le parcours, l'histoire et les expériences de la personne pour mieux comprendre sa réalité.
Cette ouverture se reflète aussi dans le lieu des rencontres. Certaines personnes sont plus à l'aise à l'extérieur d'un bureau traditionnel. Il m'est déjà arrivé de rencontrer des étudiants en dehors du campus, dans un environnement plus calme et apaisant. Cette flexibilité permet souvent de créer un climat de confiance plus naturel.
Pour moi, c'est ce qui rend ce rôle unique: on s'adapte d'abord à la personne plutôt que de lui demander de s'adapter au cadre.
Qu’avez-vous appris depuis votre arrivée au Bureau des Premiers Peuples?
Chaque semaine m’amène à découvrir de nouvelles réalités, de nouvelles perspectives et une richesse culturelle que je connaissais peu auparavant. J’apprends énormément sur les Premiers Peuples, leur histoire, leurs langues et les enjeux qui les touchent aujourd’hui.
J’ai notamment été marqué par tout le travail entourant la réappropriation des langues et des identités. À la Bibliothèque, par exemple, des efforts sont déployés pour adapter les outils de recherche et la documentation afin de refléter les termes privilégiés par les communautés elles-mêmes. Derrière ce travail parfois discret se cache une volonté importante: rendre l’information plus accessible, plus juste et plus respectueuse des réalités autochtones. Je trouve ça fascinant et profondément inspirant.
Concrètement, à quoi ressemble une journée type dans votre poste?
La réponse courte? Il n'y en a pas! Depuis mon arrivée au Bureau des Premiers Peuples, mes journées sont partagées entre l'organisation d'activités, la coordination de projets et la préparation de différents événements. C'est un rôle très varié qui me permet de toucher à plusieurs aspects de la vie étudiante.
Avec la rentrée qui approche, j'ai particulièrement hâte de rencontrer davantage les étudiantes et étudiants autochtones. Nous travaillons aussi à créer des activités qui rassemblent non seulement la communauté universitaire, mais également des jeunes des cégeps et des centres de formation professionnelle. Plus on crée de liens, plus on ouvre la porte à de belles possibilités.
Quelle partie de votre travail vous rend le plus fier?
Sans hésiter, les rencontres humaines. J'ai la chance d'accompagner des personnes étudiantes à travers différentes étapes de leur parcours, et chaque rencontre m'apprend quelque chose de nouveau. C'est un peu comme une danse: chacun arrive avec son histoire, ses défis et ses forces, et on avance ensemble.
Quand je regarde mon parcours, ce ne sont pas les projets qui me viennent d'abord en tête, mais les personnes que j'ai croisées. Je me considère privilégié de pouvoir créer ces liens-là au quotidien.
Quel projet ou quelle initiative avez-vous particulièrement hâte de voir prendre son envol?
Ce qui m'enthousiasme le plus, c'est de contribuer à bâtir quelque chose de nouveau. J'ai hâte de collaborer avec l’Association étudiante autochtone, l'équipe du milieu de vie et l'ensemble des partenaires qui gravitent autour du Bureau des Premiers Peuples. Il y a beaucoup de possibilités et d'idées à explorer.
J'ai aussi très hâte de rencontrer davantage d'étudiantes et d'étudiants autochtones. Chaque rencontre m'amène à apprendre, à remettre certaines de mes façons de faire en question et à développer de nouveaux outils. Dans ce milieu, je me sens encore beaucoup comme un élève.
Comme tout projet en démarrage, il y a une part d'inconnu. Il faut bâtir des liens de confiance, faire connaître les services et lancer de nouvelles initiatives, comme un futur programme de mentorat. On ne sait pas toujours à quoi ressemblera le résultat final, mais c'est justement ce qui rend l'aventure stimulante.
Quand vous accompagnez une étudiante ou un étudiant, quel rôle jouez-vous?
J'aime bien dire que je suis un travailleur de l'ombre qui tient une lanterne. Mon rôle n'est pas de tracer le chemin à la place des personnes, mais plutôt de les accompagner et d'éclairer certaines possibilités. Finalement, ce sont elles qui font le plus gros du travail.
Pour moi, l'humilité est essentielle. Je n'arrive pas comme un expert qui a toutes les réponses. Chaque personne a son histoire, sa réalité et ses forces. Mon rôle est d'abord de comprendre cette réalité.
L'écoute est tout aussi importante. Je dis souvent à la blague que je suis payé pour mes oreilles! Si c'était moi qui parlais tout le temps pendant les rencontres, il y aurait un problème.
Et finalement, il faut avoir un réel désir d'aider les autres. Sans cette volonté d'accompagner les gens et de les voir avancer, il manque quelque chose d'essentiel au métier.
Quel conseil donneriez-vous au Thomas-David de la fin vingtaine?
Je lui dirais d'être patient et de se faire confiance.
À cette époque, j'étais toujours dans l'action. J'avais travaillé dans des contextes très intenses à l'international et, lorsque je suis revenu au Canada, j'avais l'impression de tourner en rond. J'étais souvent insatisfait, sans trop comprendre pourquoi.
Aujourd'hui, je lui dirais: «Le brouillard va finir par se dissiper. Continue d'avancer. Tu n'es pas seul et tu vas finir par trouver un milieu qui te ressemble.»
Avec les années, j'ai appris à accepter l'inconfort, à prendre du recul et à observer les situations dans leur ensemble avant d'agir. J'ai aussi compris que l'humilité et la patience sont des forces.
Finalement, ce dont je suis le plus fier, c'est d'avoir osé écouter cette petite voix qui me disait qu'un changement était nécessaire. Ce n'était pas toujours facile, mais ça m'a permis de trouver un travail qui a du sens pour moi.
Des parcours à découvrir
Faites connaissance avec des membres de notre communauté et découvrez, à travers leur parcours et leur expérience, la diversité des métiers, des expertises et des réalités professionnelles à l’Université Laval.